Pendant trente ans, la transformation digitale des directions financières africaines a été pensée depuis Paris, Londres, Walldorf. Les outils étaient justes. Les questions étaient mauvaises.
On nous a proposé des architectures conçues pour des entreprises dont les contraintes ne ressemblent pas aux nôtres. Des référentiels comptables conçus pour des marchés dont les régulateurs ne sont pas les nôtres. Des programmes de formation conçus pour des bassins de talents qui ne sont pas les nôtres. Beaucoup de ces propositions étaient bonnes en soi. Aucune n'était bonne pour nous, telle quelle.
Le problème n'a jamais été la qualité des outils. Le problème, ce sont les questions auxquelles ils répondent.
I. Ce que nous refusons
Nous refusons la posture du destinataire. Nous refusons que les décisions architecturales structurantes pour nos systèmes financiers soient prises ailleurs, traduites tardivement, et communiquées comme des évidences. Nous refusons que l'expression « localisation » serve d'alibi à un alignement asymétrique.
Nous refusons aussi la posture du plaignant. L'Afrique francophone n'a pas besoin d'un nouveau forum d'expression des frustrations. Elle a besoin d'une instance qui produit. Qui publie. Qui propose. Qui forme. Qui défend.
II. Ce que nous portons
Nous portons une doctrine francophone du SI financier en Afrique. Une doctrine — c'est-à-dire un corps de positions cohérentes, publiquement défendables, opposables aux interlocuteurs. Francophone — c'est-à-dire produite dans notre langue de travail, avec les nuances que cela permet. Africaine — c'est-à-dire fondée sur les contraintes réelles des entreprises et des États du continent.
Cette doctrine s'articule autour de quatre axes interdépendants : la conformité normative, la transformation cloud, la souveraineté numérique et la montée en compétences. Ces axes ne sont pas négociables, mais ils sont articulés. Une doctrine cloud sans doctrine normative est un château de cartes. Une formation sans terrain d'application produit du chômage qualifié.
III. Comment nous travaillons
Nous travaillons collégialement. Aucune position publique d'USAF ne procède d'une seule voix. Le comité technique tranche. Les sponsors n'éditorialisent pas. Les membres fondateurs n'ont pas de droit de veto sur le contenu.
Nous travaillons lentement. Une étude USAF prend le temps qu'elle prend. Nous préférons sortir une note tous les deux mois et qu'elle soit juste, plutôt qu'une lettre mensuelle qui répète des évidences.
Nous travaillons contradictoirement. Nos positions sont confrontées à l'objection avant publication. Les désaccords internes ne sont pas masqués — ils sont arbitrés et tracés.
IV. À qui nous nous adressons
Aux directions financières et aux directions des systèmes d'information des entreprises africaines francophones, en premier lieu. Aux régulateurs sectoriels et aux autorités comptables, qui construisent les normes que nos systèmes doivent appliquer. Aux éditeurs et aux intégrateurs, qui doivent entendre les conditions de notre adhésion à leurs offres. Aux universités et aux écoles, qui forment les talents dont nous aurons besoin.
Nous nous adressons à eux comme à des pairs. Pas comme à des donneurs d'ordre. Pas comme à des bénéficiaires. Comme à des partenaires d'une conversation qui doit être tenue, et qui ne l'a jamais été comme il fallait.
V. Notre engagement
Nous nous engageons à publier au moins un livre blanc par an, à tenir une conférence annuelle physique chaque automne, à animer huit webinars thématiques par an, et à publier le bilan complet de nos activités au 31 décembre de chaque exercice. Avec les comptes. Avec les votes. Avec les désaccords.
L'Afrique francophone n'attend ni la traduction de doctrines étrangères, ni la généralisation de standards conçus ailleurs. Elle construit la sienne.
— Les membres fondateurs de USAF
Paris · Dakar · Abidjan · Casablanca · Juin 2026